Jeudi 14 Novembre 2019
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Roland Lumuba : « Dans mon pays contrairement à la Côte d’Ivoire, il n’y a pas de réseau routier. Certains kinois mettent des années avant de retourner dans leur village. »

Scrib magazine : En tant que fils d’un personnage aussi illustre et qui malgré le temps reste toujours vivant dans le cœur des africains que ressentez-vous lorsque vous voyez la jeunesse d’aujourd’hui se réclamer de votre père ?

Roland Lumumba : Au-delà de la fierté et de l’émotion, je suis très impressionné par la soif des jeunes de comprendre pourquoi et comment il a été tué. Cette recherche de la vérité chez notre jeunesse et formidable et c’est cela qui peut faire avancer les choses.

Scribmagazine : Quelle genre de questions vous pose-t-on ?

Roland Lumumba : On m’a posé beaucoup de questions sur l’époque où mon père vivait. Je leur ai expliqué que mon père faisait partie de ce qui était appelé à l’époque « les évolués ». C’était des congolais instruits qui avaient presque les mêmes droits que les blancs. Ils avaient le droit de vivre en ville comme les blancs tandis que les non évolués vivaient dans la cité. A cette époque, les blancs avaient le droit de rentrer dans un magasin tandis que les congolais devaient aller dans l’arrière-cour et se faire servir par la fenêtre car, il n’avait pas le droit d’être vus devant le magasin et encore moins d’y entrer. Après 18 heures, un congolais non évolué n’avait pas le droit de se trouver en ville. Il devait avoir une autorisation, c’était le cas des boys, et des gardiens etc…Lumumba faisait donc partie de ces évolués. Ils étaient environ 200. Mais malgré tous ces privilèges, Lumumba s’est battu pour son peuple et pour les moins nantis.

Scribmagazine : Considérez-vous que les intellectuels aient échoué ?

Roland Lumumba : Que met-on dans le mot intellectuel ? Quel est le pourcentage d’intellectuel dans nos pays ? Il y a dans nos pays un problème d’éducation. On se bat pour avoir la démocratie : 1 homme, 1 voix. Avec plus de 60% d’analphabète que peut-on leur expliquer ? Les gens ne connaissent pas leur droit, ils ne connaissent pas le rôle d’un député, à quoi il sert. Alors, peut-on réellement parlé de démocratie ?

Scribmagazine : Vous voulez dire que la démocratie, dans ces conditions, en Afrique est un leurre ?

Roland Lumumba, : Je vous donne un exemple :  Dans certains villages, si on n’a pas voté pour le pouvoir en place, ces villages ne seront pas électrifiés. C’est pire qu’aux temps des colons car à cette époque la chicotte était individuelle. Une seule personne désobéissante recevait les coups. Mais avec nos pseudos démocraties, c’est toute la collectivité qui subit les foudres du pouvoir. C’est un problème de conscience collective, un problème de gouvernance.

Scribmagazine : Vous semblez bien pessimiste, avez-vous baissé les bras ? 

Roland Lumumba : Non ! je n’ai pas baissé les bras. Je n’ai pas le droit de renoncer. J’ai un nom qui peut aider les autres et qui donnent de l’espoir. Je n’ai pas le droit de renoncer. Dans mon pays contrairement à la Côte d’Ivoire, il n’y a pas de réseau routier. Certains kinois mettent des années avant de retourner dans leur village. Pour sillonner le pays, il faut avoir un avoir un avion. Pour faire une campagne présidentielle digne de ce nom, il faut au minimum de 2 avions. Je n’ai pas les moyens. Je préfère avec mes faibles moyens, aider les gens au quotidien.

Scribmagazine : Pour finir, un dernier mot pour nos intellectuels et notre jeunesse en mal d’idéal ?

Roland Lumumba : Il faut que les africains sachent et comprennent que personne ne peut résoudre nos problèmes à notre place. Lorsqu’un belge ou un français nous proposent une solution à nos problèmes, c’est que la solution est faite dans son intérêt et pour son intérêt. En ce qui concerne la Côte d’Ivoire, je peux dire que c’est un problème de famille. Dans toutes les familles, il y a des problèmes. Mais à un moment donné, il y a un membre de la famille qui essaie d’arrondir les angles pour trouver un moyen de renouer le dialogue. Il y a des liens qu’on ne doit pas briser. Les africains doivent comprendre que notre salut réside dans l’union. Nos maîtres d’hier, nos colonisateurs ont trouvé leur salut dans l’union (union européenne). La France et l’Allemagne, malgré la seconde guerre mondiale et les millions de morts ont surmonté leurs désaccords et leurs ressentiments pour marcher la main dans la main et faire l’impossible pour consolider l’union.

Propos recueillis par Flore Hazoumé

 


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