Jeudi 12 Décembre 2019
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“ Le temps où tout chante” de GINA DICK

On ne peut ouvrir ce livre sans s'arrêter sur la première de couverture qui représente une belle scène, un lieu bucolique où l'on aurait envie de flâner tout en contemplant la lagune qui s'étire et se prélasse sous la barque d'une femme qui pagaie mollement, sans se presser... Comme si tout allait bien, comme si tout était en harmonie avec le titre qui se dévoile au lecteur.

Pourtant...la sérénité a déserté le visage las de la femme dont le regard indéfinissable semble ne plus rien attendre de la vie ; comme si elle n'allait nulle part, comme si personne ne l'attendait. Elle trace son chemin, résolument. Vers quoi ? Est-on tenté de se demander en ouvrant le livre au titre si prometteur.

Pourtant, au bout de quelques pages, on se dit que le titre ne peut qu'être d'une ironie mordante car tout ce qui se déroule sous nos yeux nous révulse. Rien ne chante dans ce livre ; au contraire, tout déchante. Alors, force nous est de revenir au tableau et de nous dire qu'il ne présage rien de bon.

Le titre nous interpelle. On se dit, au fur et à mesure que se déroule l'histoire, qu'à moins d'un miracle, tout va à vaux l'eau dans ce roman plein de bruits, de pleurs et de fureur.

Pour l'heure, le lecteur doit surmonter son dégout du personnage principal qui n'est pas la narratrice mais un odieux personnage qui s'impose à coups de poings, de gueule et même d'éructations sonores. Il n'a rien d'aimable ni même de séduisant. Il manque d'élégance, d'éducation et de savoir vivre.

La femme qui raconte son calvaire semble dire au lecteur son désarroi d'oser aimer un homme aussi déplaisant... Exactement le contraire du prince charmant.

Amour a trois, chemin de croix.

Les scènes se succèdent....

Hallucinantes...

Quel est donc le message que nous transmet notre narratrice, ce brave petit soldat, insubmersible, résiliente à souhait, et décidée à mériter son bonheur par la prière, l'abnégation et le sacrifice de sa dignité ?

Alors, on se demande si le talent de l'auteur n'est-il justement pas là où on l'attend le moins : réussir à nous impliquer dans les bagarres mais aussi et surtout dans le ballet incessant du diable et de Dieu ; le bien et le mal, le bon et le mauvais ; le caractère entier et sans concession des personnages.

Gina Dick Boguifo, nous tient en haleine en nous embarquant dans la galère amoureuse de la narratrice, au point de nous faire vivre à un train d'enfer toutes les péripéties de ce roman trépidant où à tout instant il se passe quelque chose de pire. 

Le lecteur le plus incroyant se prend à prier pour qu'elle n'épouse pas cet homme irrésolu et irresponsable. Dieu ne peut permettre une telle incongruité, que diable !

Comment peut-on avoir envie de confier le destin d'une femme si douce à un tel olibrius ?

Le lecteur a plus d'une interrogation dans ce livre finalement bien agencé et bien construit qui révèle une autre facette de Gina Dick Boguifo, la peinture. Elle nous séduit par les tableaux d'où surgissent et apparaissent les protagonistes.

Tout au long du roman, l'écrivaine va peindre une fresque où vont danser les bons et les méchants. Et alors se pose une question fondamentale : suffit-t-il de prier pour attendrir le cœur d'un homme aussi indifférent à la peine de l'autre, un homme aussi constant dans le mal ?

Le visage apaisant de la providence sensible à l'acte de foi, selon les croyants, va-t-il se manifester dans cette scabreuse affaire de cœurs mal assortis, pour le bonheur de notre narratrice qui préfère se réfugier dans la prière au lieu d'affronter la vie et ses travers ?

C'est ce moment que choisit mon mauvais génie pour me souffler que de nombreux coups de pieds se sont perdus dans ce roman qui décidément, me met de mauvaise humeur tant la résignation et la soumission m'insupportent.


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